Le CDO, colonne vertébrale de la
transformation numérique

Le Chief Digital Officer : un poste à géométrie variable

On le présente comme le parangon de la transformation numérique, le héraut de la cause digitale : depuis l’an dernier, il ne se passe plus une semaine sans qu’une grande entreprise n’annonce le recrutement de son Chief Digital Officer (CDO). Un signe que les temps changent et que les entreprises, d’abord réticentes à l’idée de transformer de fond en comble leur organisation, sont maintenant prêtes à franchir le pas. Mais toutes ne placent pas la même confiance ni ne donnent les mêmes attributions à leur CDO.

cdo idea

Face à l’émergence d’une panoplie d’acteurs numériques au fort potentiel disruptif – type Uber – dans tous les secteurs de l’économie (santé, livraison, industrie, logement…), les entreprises traditionnelles se sont retrouvées confrontées à un choix : laisser la place à ces concurrents d’un nouveau genre ou bien acter le changement en prenant le risque de réorganiser des structures vieillissantes en initiant la transformation numérique.

Pour nombre d’organisations, le marqueur d’entrée dans cette phase de restructuration est le recrutement d’un CDO, lequel jouera le rôle du maitre d’orchestre de la transformation digitale. C’est également un signal fort envoyé par l’entreprise quant à ses ambitions pour l’avenir. Entre 22% et 25% d’organisations se seraient aujourd’hui dotées d’un CDO selon Gartner. Sous cette appellation novatrice et aguicheuse se cache pourtant différentes réalités qu’il est bon de noter afin de mettre en valeur les bonnes pratiques.

Le CDO n’est pas un épouvantail

cdo 2L’écueil le plus courant est de concevoir le CDO comme un épouvantail, une coquille vide à usage marketing que l’on agite comme un trophée. Il est encore trop commun de constater que des CDO fraichement nommés ne disposent d’aucune marge de manœuvre, d’accès aux équipes ou de voix au comité exécutif. Autant de critères qui anesthésient toute volonté de changement. Ainsi la première chose dont l’entreprise a besoin pour mettre en branle la transformation digitale, plus qu’une nomination, c’est une conviction, dont découlera le reste.

Ce qui ne doit toutefois pas occulter le fait qu’il existe pour le CDO autant de périmètres d’action que d’entreprises. Son champ d’action sera variable en fonction de l’état des lieux, de la maturité technologique de l’entreprise et de la culture des collaborateurs. Sans compter que son apparition, bien souvent synonyme de coup de pied dans la fourmilière entrepreneuriale, peut être mal vue par des esprits mal préparés. De fait, le CDO est donc parfois amené à manœuvrer dans des systèmes politiques hostiles, d’où une certaine difficulté pour quelques uns à étendre leur sphère d’influence. Une étape pourtant indispensable pour adapter totalement l’entreprise au digital.

Casser les silos et lancer la collaboration

Ce sera là toute la difficulté de sa tâche initiale liée à son statut d’évangéliste de la transformation digitale. Au sein des instances de l’entreprise, puis au contact des collaborateurs, il devra dans un premier temps diffuser la culture numérique en usant d’outils innovants et motivants (MOOC, serious games…). Son but : embarquer tout le monde dans le même projet. Ce préalable est nécessaire à l’exécution du cœur de sa mission, à savoir l’abolition de l’organisation en silos et la mise en place d’une coordination organique entre les services – grâce au numérique.

Afin de gérer du mieux possible les forces contraires (management et ressources humaines, par exemple) qui vont s’exprimer durant cette phase de transition, le CDO a besoin d’une structure qui lui permette d’expérimenter des solutions et de pivoter facilement en cas d’échec. A cet effet, on voit apparaitre dans les entreprises des mini-structures rattachées au CDO en tout point semblables à des startups (équipes, expertise transversale, méthodes de travail agiles…) qui lui accordent cette réactivité et cette agilité nécessaires à l’innovation.

Cette filiation avec les méthodes et la culture de la Silicon Valley doit d’ailleurs être explorée et même être vue comme une porte d’entrée vers l’écosystème local de startups. Celui-ci constitue en effet un vivier d’innovation et de créativité sur lequel l’entreprise peut s’appuyer pour nourrir sa réflexion et ses processus internes. Le rôle de CDO consistera donc aussi à bâtir ce pont vers de plus petites structures dynamiques en qui recèlent peut-être les clés de la transformation digitale de l’entreprise.

Le CDO : quel futur ?

cdo 3Une question demeure cependant : qu’adviendra-t-il du CDO une fois la transformation digitale accomplie ? Ce poste est-il voué à disparaitre ou bien, au contraire, à s’inscrire durablement dans le paysage entrepreneurial ? Le CDO doit-il rester aussi longtemps que durera le « digital age » pour piloter la stratégie numérique de l’entreprise ? On peut trouver une première réponse à cette interrogation dans l’une des tendances de fond du moment : à l’image de Michael Bloom (PDG du Guardian américain), les CDO sont de plus en plus régulièrement promus au poste de CEO. Une preuve, s’il en fallait une, que le numérique n’est pas une mode de passage et présidera sans doute la stratégie des entreprises pour de nombreuses années à venir.

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